L’épopée Aberdeen (3/3) par McFarlane
2nd février 2009
On dit que c’est au printemps que les choses sérieuses commencent dans les compétitions européennes. Le club écossais fait donc figure de petit poucet à ce stade, d’autant plus que le tirage au sort ne leur est pas favorable et c’est le grand Bayern de Munich, qui va croiser leur chemin. Même si le club n’a plus le clinquant des années 70, qui lui avait permis d’obtenir tant de trophées dont quatre consécutifs, les joueurs présents cette année là possèdent une expérience impressionnante: certains ont joué la finale de coupe du monde ou encore la dernière finale de coupe des champions (Paul Breitner; Karl Heinz Rummenigge, Volfgang Dremmler ou encore Dieter Hoeness.)

Ils devront attendre longtemps, car les hommes de Ferguson vont faire plus que résister et les Munichois ne parviendront jamais à transpercer les buts de Leighton.
Ce résultat ne décourage nullement les Bavarois et le Coach Pál Csernai, prédit que ses joueurs finiront le travail en Ecosse.
Néanmoins, Kaizer Franz se dit impressionné : « Aberdeen a joué un jeu techniquement très bon. Même s’ils ont la passion, qui vient des équipes Ecossaises, ils n’ont pas le style de jeu Britannique. Ils rendront les choses très difficiles pour le Bayern en Ecosse“.
Bayern Munich- Aberdeen : 0-0
Aberdeen : Leighton- Kennedy;Rouguie ; Cooper; McLeish; Miller ; Black; Simpson McGhee; ; Bell; Weir
Remplaçant: Strachan
Les débuts du match retour semblent donner raison à Pál Csernai, puisque les allemands ouvrent très vite le score au grand dam des 24 000 Spectateurs présents en ce 16 Mars 1983. Klaus Augenthaler ouvrait le score pour les Bavarois mais Neil Simpson égalisait avant la pause. Malheureusement les allemands ne se démontent pas devant l’adversité et vont inscrire un nouveau but (Hans Pfügler à la 62è minute). En menant par 2-1, les coéquipiers de Breitner sont en position de toute puissance. L’égalisation ne serait pas suffisante, puisque les allemands mèneraient encore au bénéfice des buts inscrits à l’extérieur.
Pendant vingt minutes, les Ecossais vont faire le siège des buts allemands, mais par un excès de précipitation, une maîtrise allemande, le gardien n’est guère inquiété. Déjà certains spectateurs songent à partir, ne voyant pas comment les Dons pourront renverser la tendance.
A un quart d’heure de la fin, Ferguson (pris d’un coup de génie?) va jouer le tout pour le tout. Alors, comme il l’indiquera lui même plus tard, va débuter “( “ Pittodrie’s greatest night,”) la plus grande nuit de Pittodrie”. Il remplace Neil Simpson par Hewitt et Stuart Kennedy par John McMaster. Les Ecossais vont jouer 10 à 15 minutes de folie, ces moments ou tout est possible, ou tout vous réussit..
Car cette stratégie (ce coaching dit on maintenant) a déstabilisé les allemands. Ce sont 10 Ecossais qui se ruent sur le but adverse, soutenus par un stade en transe.

Le temps pour les allemands d’engager de nouveau. Moins d’une minute plus tard, John Hewitt se présente seul devant le gardien bavarois et ne rate pas l’occasion. L’Ecossais exulte, ses coéquipiers fondent sur lui, le stade peut s’enflammer. Au bout du suspens, l’ogre allemand est terrassé et s’effondre, tel un animal mis à mort.

Le match est terminé ; Les dernières minutes, le stade tangue, vacille, les spectateurs chantent l’Hymne d’Aberdeen. C’est l’apothéose pour Ferguson. L’arbitre peut libérer les héros, qui vont être ovationnés de longues minutes dans une communion émouvante.
Le coach hongrois reconnait enfin la victoire des adversaires : « Alors que nous avions le match bien en main, nous avons été complètement submergés dans la deuxième partie de la deuxième mi-temps. Aberdeen; aura été un adversaire insurmontable pour les joueurs. Nous leur souhaitons bonne chance pour le reste du tournoi.»

Aberdeen va ainsi jouer une demi-finale de coupe d’europe, mais les hommes de Fergie veulent plus maintenant !Aberdeen - Bayern Munich: 3-2
Buteurs: Simpson; McLeish; Hewitt.
Aberdeen : Leighton- Kennedy ;Rouguie ;Cooper; McLeish – Miller ; Simpson Strachan ; Black; McGhee;Weir
Remplaçants: Hewitt; McMaster
Ces quarts de finale auront été l’occasion de bien des surprises, puisque Barcelone est éliminé (Vienne se qualifie grâce aux buts marqués à l’extérieur), Waterschei élimine le Paris SG (après prolongations) et le Réal vient péniblement à bout de l’Inter de Milan.
Le tirage au sort est indulgent pour les Dons puisqu’ils évitent le grand Réal de Madrid. Direction le Belgique pour affronter le club de Genk
Une occasion unique se présente pour l’une des deux équipes. Le parcours des belges avait certes été plus clément puisqu’ils ont éliminé les modestes luxembourgeois de Dufferdange, puis les danois de KB Coppenhague, avant d’éliminer le club français. Mais il ne faut pas s’attacher au résultat brut.
Le tirage au sort a désigné le premier match à Pittodrie et le 06 Avril , 20 000 Spectateurs accueillent une équipe belge et espèrent que leur protégés vont réitérer la performance établie contre le Bayern.
Dès le coup d’envoi, les joueurs vont se ruer vers le but belge. Watterschei est paralysé par l’entame de match de ses adversaires : deux buts après cinq minutes de jeu. Les belges ne s’en remettront jamais.

Aberdeen– Waterschei: 5-1
Buteurs: Simpson; McGhee (2); Black; Weir
Aberdeen : Leighton- Kennedy ; Rouguie ; Bell; McLeish – Miller ; Simpson Strachan ; Black; McGhee;Weir
Remplaçants: Cooper; Hewitt
Le 19 Avril, les Belges accueillent donc les écossais sans beaucoup d’espoir ni conviction. Tout le monde se doute que ce match ne sera qu’une formalité. Ferguson a même fait tourner son effectif, ne laissant en place que les deux tours de sa défense centrale : Miller et McLeish.
Les Belges eux même ne sont pas enthousiastes et savent très bien qu’ils ne pourront jamais remonter leurs quatre buts de retard. Effectivement la paire centrale n’aura qu’une seule absence, lorsqu’à la 73è minute, ils laisseront Woordeckers partir battre Leighton.
Mais la victoire se sera arrivée dans la douleur, puisque les Reds perdent un des piliers de l’équipe : Stuart Kennedy est sorti du match en boitant bas. Sa blessure au genou l’empêchera de participer à la finale tant attendue. Pire, elle va gâcher le restant de sa carrière.
Mais la finale aura bien lieu et les Ecossais vont affronter un autre géant européen, vainqueur alors de six trophées européens : Le Réal de Madrid.
Waterschei–Aberdeen: 1-0
Aberdeen : Leighton- Kennedy ; McMaster ; Rouguie ; McLeish – Miller ; Hewitt; Simpson McGhee; Weir; Watson
Remplaçants : Angus;Falconner.
La légende ne se décrète pas, elle se crée, se construit, se forge, se façonne, …. 13000 écossais ont fait le déplacement pour rêver. Ils sont venus par avion, par mer par terre. Ils sont venus encourager leurs Reds. Ils sont venus assister à la mission impossible : Voir onze parvenus du nord est de l’écosse abattre le géant espagnol. Exploit impossible ? Performance chimérique ? Dans les rêves les plus fous, personne n’aurait imaginé, en début de saison, que le club puisse atteindre la finale, alors la victoire. En tout cas, tous les pronostics vont dans le même sens et prédisent une nouvelle victoire Ibérique.
Il faut dire que le club madrilène a fière allure. Avec à sa tête le légendaire Alfrédo Di Stephano, le Réal est à la poursuite de son glorieux passé, qu’il cherche à rejoindre.Coté joueurs, la qualité est également présente. Avec Carlos Alonso “Santillana”, l’équipe a le meilleur buteur de la compétition. Avec Camacho, elle possède un des meilleurs défenseirs de l’histoire du Real. Il est associé en défense à Stilieke, finaliste de la coupe du monde avec l’Allemagne
En ce 11 Mai, c’est la pluie qui accueille les 18 000 spectateurs du stade « Nya Ullevi » de Götteborg , une pluie continue et insistante, qui fort heureusement ne bouleversera pas les enjeux de la rencontre.
Ce sont donc onze fougueux écossais qui montent à l’assaut du colosse espagnol. Les premières minutes voient les Dons partir à l’assaut et un premier miracle se produit : Le Real se laissait surprendre très tôt et Eric Black ouvre la marque pour Aberdeen (Septième minute).
Mais avec les ailiers Juan Gómez “Juanito” et Isidro Díaz en soutien de l’avant-centre Carlos Santillana, les Espagnols se montraient dangereux. Juanito égalisait à la 15e minute, sur un pénalty (après une obsruction de Leighton sur Santillana). Alors malgré la pluie, malgré le terrain difficile, les deux protagonistes vont offrir aux spectateurs, à leurs supporteurs, 75 minutes de très beau football.
Les deux équipes se rendent coup pour coup. Alternant chacune leur période de domination, chacun cherche à dominer l’autre ; les actions se succèdent, le beau jeu est de mise. Mais au bout des 90 minutes, la décision n’est pas faite. Il faut avoir recours aux prolongations.
La première prolongation repart sur le même rythme et les deux équipes cherchent le KO. Une fois de plus, le coaching de Ferguson va s’avérer capital. En sortant Eric Black, épuisé d’avoir tant couru, Ferguson fait rentrer son joker, qui a déjà été gagnant par le passé. John Hewitt est entré en jeu juste avant la fin des 90 premières minutes et remplacer Black, poste pour poste.
Juste avant la fin de la première période, sur un centre, l’attaquant écossais plonge courageusement devant Agustin Rodrigues, le gardien espagnol, pour inscrire de la tête le but du titre. C’est du délire dans le clan écossais, c’est du délire dans les tribunes à forte composante écossaise.

Mais il faut encore tenir 15 minutes. L’équipe espagnole se rue sur les buts de Leighton, mais le gardien écossais a la grâce avec lui, La défense centrale a construit un mur devant lui.
Dix minutes encore à tenir, Strachan rayonne de toute sa classe dès qu’il récupère le ballon.
Cinq longues minutes, McGhee a encore l’énergie de partir en contre.
L’arbitre fait signe de jouer, le temps normal est passé, le banc trépigne d’impatience sur la touche.
Ca y est, Mr Gianfranco MENEGALI cesse de courir, se tourne vers le rond central, porte le sifflet à sa bouche et décrète la fin de la rencontre. Abasourdis, les écossais sont incrédules. Ils ont partagé cette aventure depuis le mois d’aout précédent. Ils ont renversé des montagnes pour grimper leur Everest. Alors sous la pluie toujours omniprésente, les larmes vont venir se mêler à la sueur.
Il est enfin venu le temps de la célébration: Capitaine Miller prend le trophée des mains du président de l’UEFA et en retenant son souffle soulève le trophée. Ses coéquipiers se pressent autour. La clameur se lève, les acclamations, l’ovation du public envahit le petit stade suédois.





Ferguson préfère évoquer la réaction de son président: ” Je me rappellerai toute ma vie sa réaction. Quand Dick Donald est descendu de la tribune d’honneur, il paraissait mystérieux, impénétrable, mais en s’approchant je me suis aperçu que j’étais loin du compte: Il pleurait. Il s’est jeté dans mes bras et m’a étreint contre lui. Lui si réservé, de la vieille école… et je l’ai entendu murmurer: Vos garçons ont été formidables. Cette nuit, c’est le plus grand moment de ma vie…”
Le club est ainsi entré dans une dynamique de victoires. La supercoupe contre Hambourg quelques mois plus tard, le championnat. Au fait de sa gloire, Ferguson va quitter l’écosse. Le fils d’un ouvrier de chantier naval va prendre les rennes d’un autre club qu’il rendra mytique. Mais ce sont d’autres histoires
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